Les hauts parleurs, et alors...

 
     
Tutti frutti et peau de banane !
 

 

"Un jour en rhône Alpes, 23 conteuses et conteurs prirent la route pour le village des corbeaux. Chacune et chacun était seul ou croyait l’être.

Là, autour d’une compote de pommes assaisonnée de quelques graines de déraison, ils firent le pari de se retrouver dans un an sur scène

la première épreuve fut celle de l’agenda (25 journées de répétition)

la deuxième épreuve fut celle de l’écoute (c’est là que leur supposée solitude d’artiste fut mise à mal)

la troisième fut de ne distiller sur scène que quelques bribes de récit (c’est là que leur art de baratiner fut gentiment prié de s’éclipser)

Au jour dit, les 23 conteurs étaient au rendez vous, le public aussi

Sur scène, la coquille de noix, pleine à raz bord de parole retenues, s’est muée en corne d’abondance

et j’ai pleuré de bonheur... "

(Elisabeth Calandry)

 

Ont participé à l’aventure :

- sur scène : Mercedes Alfonso, Françoise Barret, Vénéra Battiato, Isabelle Bouchex, Laurence Berthelon, Martine Caillat, Elisabeth Calandry, Sam Cannarozzi, Alain Chambost, Bertrand Chollat, Françoise Danjoux, Elisa De Maury, Annie Gallay, Patrice Kalla, Anne Kovalevsky, Christine Laveder, Béatrice Maillet, Marie-Laure Millet, Paul Pons, Guy Prunier, Marie-Catherine Robol, Dominic Toutain et Irène Ville.

- à la mise en scène : Claire Truche

- à la mise en voix : Michèle Bernard

- à la lumière : Blandine Laennec

- à la vigie : Odile Groslon et sur le pont, l’équipage du Polaris.

L'histoire de l'histoire...

Dans la région lyonnaise, existe depuis 2006, un collectif de conteurs et de conteuses. Sans structure juridique, sans conditions d’entrée, sans bureau, sans président... (Mais avec quand même un secrétariat qui veille à la continuité...)

Ce collectif nommé « les hauts parleurs et alors », qui se réunit une fois par trimestre pour échanger, partager les pratiques, comparer les différentes façons de travailler, est hébergé et soutenu par le centre culturel Le Polaris à Corbas, commune de la banlieue sud de Lyon.

Conjointement, tous les deux ans depuis 1997, le Polaris et la compagnie Raymond et Merveilles invitent dans le cadre d’un festival les conteurs professionnels de la région à présenter leur travail : c’est « le Lâcher d’Oreilles » – un bouillonnement de contes et de conteurs qui se termine traditionnellement par un final improvisé en co-plateau.

Pour l’édition du « Lâcher d'oreilles 2011 », les « hauts parleurs et alors », artistes qui avaient déjà eu l’occasion de travailler en duo ou trio, ou en co-plateau firent le pari un peu fou de créer tous ensemble, un vrai spectacle : raconter à 23 conteurs sur scène !

Pourquoi ?

Reste à savoir pourquoi ces conteurs et ces conteuses se sont lancés dans cette aventure et quels profits ils en ont tiré ?

Si on les interroge, ils répondent qu’ils y ont gagné du répertoire, des contes, des souvenirs, des chansons mais aussi qu’ils ont pu expérimenter d’autres manières de travailler, qu’ils ont pu s’écouter mutuellement et s’entrainer ensemble en toute simplicité, ce qui, mine de rien, est rarement offert sur la durée. Et cela sous l’œil bienveillant d’une metteuse en scène qui y croyait… Ils ont pu tisser des liens, partager l’amour du métier, découvrir leurs collègues, envisager d’autres collaborations, d’autres compagnonnages...

Y-a-t-il quelque chose qui aurait à voir avec le cœur et l’esprit ? En tous cas rien de quantifiable en terme de gain financier et de promotion personnelle…

Alors, juste une belle aventure humaine et artistique ?

 

Comment choisir ?

comment et pourquoi tel ou tel texte, chant ou conte? Sur quels critères? Poétiques, politiques ?

Entre celui qui évoque son voyage en Inde et l’enfant mangeant la peau de la banane jeté sur le quai d’une gare, celle qui se souvient de s’être brulé les doigts à préparer la crème de marron, cet autre qui a revu ému une photo de son père pelant une pêche ou encore celui voulant à tout prix évoquer la genèse et un conte bouddhiste ou celle qui se scandalise du gaspillage des fruits qu’on laisse pourrir au bas des arbres, et celle qui raconte le drame d’une femme battue qui n’aimait plus les fraises... et l’histoire de l’ouvrier italien qui plantait des arbres fruitiers dans le jardin des autres… Contes traditionnels, anecdotes, inventions… Comment choisir ? Comment assembler ? Comment inventer une unité au propos sans appauvrir le foisonnement d’idées, d’images et d’émotions ? Et aussi comment se partager la parole, raconter à plusieurs voix, varier les modes, les manières….

Le collectif décida de faire appel à une metteuse en scène, extérieure au groupe, Claire Truche, et lui confia la lourde tâche d’aider à mettre ce bouillonnement en forme. Elle fit accepter en particulier que le rythme à donner au spectacle nécessitait parfois de faire le sacrifice de certains textes, incitant les participants à privilégier les éclats, les temps forts , les surprises et à s’interroger sur le sens… Ce travail qui put être possible grâce au soutien financier du Polaris fut une belle expérience d'écoute, de réflexion critique, de curiosité mutuelle qui suscita rires, enthousiasme, agacements, grincements, émerveillement, colère, blocages, négociation, consensus, jubilation ! Et générosité : 25 journées de travail furent nécessaires pour une représentation unique qui fut de l’avis unanime des participantes et des participants, un vrai bonheur partagé entre conteurs mais aussi avec le public ? Ce fut aussi, au propre comme au figuré, une grande et savoureuse salade de fruits servie aux spectateurs.

« Comme une orange… »

[Quelques réflexions des conteuses et conteurs goûteurs et croqueurs de fruits]

« Je me suis léché les babines du début à la fin, un vrai régal de regarder la marmite à confiture modifier son contenu au fur et à mesure que la sauce prenait. Une vraie fête où tout est bon : les préparatifs, la fête elle-même et la vaisselle après. Y’ a quasiment pas eu de pépin ! »

« Je me suis retrouvé en équilibre sur un fil oscillant entre l’autorité et l’humilité, l’égoïsme et la bienveillance, nécessaires et complémentaires pour une création collective… avec une petite dose d’humour… »

« A l'image d'une orange : unicité du spectacle avec sa belle écorce, multiplicité de ses tranches, une tranche par conteuses et conteurs; reste le goût fruité juteux longtemps dans la bouche comme une tache de couleur dans le noir et blanc de l'hiver! »

«  (…) alors quand, cerise sur le gâteau, il nous est donné de créer un spectacle jubilatoire qui emballe le public, la preuve est faite que les tours d'ivoire ne sont plus de saison. »

«  Et nous tous, hauts parleurs et hauts parleuses, qui travaillons avec et pour la pâte humaine, aspirons à un monde où les questions d'économie et de rentabilité ne soient pas les priorités.

Cette folle aventure des tuti frutti en est une belle démonstration. »

« Le spectacle, l'heure en commun, l'espace de la scène habité et la mélodieuse Histoire composée de nos histoires. »

« Se retrouver, beaucoup de temps, pour un soir, unique et exceptionnel. Un événement qui n’existera jamais plus sous cette forme… l’éphémère me plait, l’éphémère de la parole, du chant, de la danse… instant unique et partagé ! »

 « Par les temps qui courent, ça fait du bien ! »

 

 
Contact : leshautsparleurs@lepolaris.org